PHILOSOPHIE DU PROJET & CANDIDATURES / PANORAMA DES RÉSIDENCES [ 1991 - 2017 ]
Liste des artistes en résidence 1991 / 2017
2017Jimmy RICHER
Floryan VARENNES
Céline LASTENNET
Sabrina VITALI
2016Lou-Andréa LASSALLE
Amélie BERRODIER
Charlotte BARRY
Léa DUMAYET
2015Thomas MALENFANT
Pauline TOYER
Julie CHAFFORT
Nathalie LA HARGUE
2014Théodora BARAT
Béranger LAYMOND
Gabrielle HERVEET
Elisabeth SCHNEIDER
2013Simon THIOU
Romain RAMBAUD
Christelle ENAULT
2012Joo HEE YANG
WINSHLUSS
Claude LEVEQUE
Bérénice MERLET
Anouk BERENGUER
2011Sarah GARZONI
Evgenija WASSILEW
Jannick GUILLOU
Laura WHITE
2010Nino LAISNE
Vincent CARLIER
Benjamin DUFOUR
Charlotte PUERTAS
2009Benoit MENARD
Elodie BOUTRY
Samir RAMDANI
Suzanne HUSKY
2008Eva TAULOIS
Astrid KORNTHEUER
Marie MOREL
Roland FUHRMANN (Allemagne)
2007Mélanie BERGER
Raphaële de GOROSTARZU
Anne-Laure BOYER
Rabea EIPPERLE (Allemagne)
2006Henni ALTFAN
Régis BAUDY
Julia PALLONE
Sylvain BOURGET
Nicolas GUIOT
Emeric HAUCHARD
2005Aeneas WILDER (Ecosse)
Michelle ALLARD (Canada)
Wilson TROUVE
Cédric COTTAZ
2004Sébastien VONIER
Lucie CHAUMONT
Vincent MAUGER
Julie LEGRAND
2003Laurent VAILLER
Nicolas SIMARIK
Jagna CIUCHTA
Caroline MOLUSSON
2002Nobuyuki TAKAHASHI (Japon)
Guillaume PINARD
Babeth RAMBAULT
Chrysa CHOUMETI
Florian BALZE
2001Sayaka AKIYAMA
Ulrika BYTTNER
Agnès HARDY
Hervé COQUERET
Nathalie SIX
2000Tomoko MAEZAWA
Freddy BERNARD
Bertrand DIACRE-PIEPLU
Christophe DUBOIS
Aurélie RONCIN
1999Séverine MONEUSE
Yasulo IBA (Japon)
Frédéric LEFEVER
Jean-Marc BERGUEL
1998François DURIF
Anne-Sophie DESOBLIN
Sabine GODEFROY (SABDAM)
Takanobu KOBAYASHI (Japon)
Jean-Guillaume GALLAIS
Emmanuelle SAMSON
1997Virginie DELANNOY
Marika BUHRMANN
Asako TOKITSU (Japon)
Rémy UCHEDA
Maud REVEL
1996Ludovic LIGNON
Seigen KYU (Japon)
Liliane VIALA et Pierre DUMONTHIER
Audry LISERON-MONFILS
Emmanuel LOUISGRAND
Gilles PICOUET
1995Sebastian GORDIN (Argentine)
Isabel BRETONES
Keita EGAMI (Japon)
Didier COURBOT
Pascal BROCCOLICHI
Maxime GONZALES
1994Baptiste ROUX
Guy CHEVALIER
Kenjiro OKAZAKI (Japon)
Olivier LEROI
Daniel FARNAUD
Xavier BOUSSIRON
1993H3 - Agathe HOUDAYER et Philippe HELAINE
Eric ARLIX
Tokihiro SATOH (Japon)
Stefan BOHNENBERGER (Allemagne)
Patrick VEYSSIERE
DSM - Isabelle CHEMIN et Guido HUBNER
1992Christophe BALLANGE
Emmanuel ARAGON
Ko KASHIWAGI (Japon)
Geneviève BURKARDT (Suisse)
1991René RIOU
Marika PERROS
Véronique MATTEUDI
Rosario MINEO
Satoko MASUDA (Japon)
Julia PALLONE // 2006 //
     



Elle est née en 1979. Vit et travaille à Nantes

Julia Pallone développe une vision poétique du monde, empreinte de fragilité, qui procède par analogie, ressemblance ou évocation d’idées.
En s’inspirant de rêves et de mythologies, d’histoires et de géographies, elle crée des images où monde végétal, animal et humain se mêlent et se pénètrent sans forcément raconter une « histoire ». Ses images matérialisent une « transition », un « passage » d’un état à un autre, d’une croyance a une autre... Un renversement peut advenir.

« Cheval, cheval » établit un lien entre l’espace d’exposition et la proposition de l’artiste : sa « sculpture » s’en détache dans un mouvement dynamique qui révèle la limite que souhaite souligner Julia. Celle d’un monde imaginaire et d’un autre réel, le nôtre que l’art concrétise, permet de voir, de toucher.

La série de dessins « Les remèdes » s’apparente à une sorte de « bréviaire » poétique. Chaque dessin en formalisant strictement une expression, une définition, souligne le basculement vers un monde fabuleux et surréaliste.

Denis Driffort


Julia Pallone,

Pour peu que passe à votre portée de voix un cheval ailé de la matière même qui vivifie nos murs, profitez-en pour le questionner. Est-ce qu’il rêve de nous et s’il en rêve, est-ce qu’il souhaite acquérir quelques uns de nos privilèges ? Est-ce que nous sommes aussi occasion de fable ? Si votre cheval est loquace, écouter-le avec attention car il a la sagesse en lui.

On ne sait rien ni du haut ni du bas. Il faut sûrement se méfier de cette échelle impliquée dans un singulier réseau d’échos et se rappeler cette histoire de la jeune fille qui perd l’os crochu que lui a donné Vénus et, après une courte hésitation, se tranche le petit doigt et l’utilise en guise de clé pour ouvrir le château de verre.

Vous m’avez connu cerf dépecé pour avoir vu dans toute sa beauté une déesse qui se baignait, Ou bien dragon générateur de pluies bienfaisantes, ou même goutte de sang d’une oie sauvage coulée sur la neige, ou encore tout à la fois fleur et phallus, palette blanche et rouge, et corne qui éviscère le chien de chasse. Vous me retrouvez peut-être arbre, se développant d’une intrigue à l’autre, qui ensemence les femmes s’assoupissant un instant sous mes branches.

Je sens ici votre parfum de blé coupé de jeune fille nuageuse. Je vois d’ici d’un seul coup d’œil la dignité de votre mélancolie. Votre doux regard, de loin m’affole. Mais si je laisse un peu ma pensée s’égarer, c’est à la blanche et chaude peau de votre ventre que je rêve. L’oiseau qui veille sur vous essaie de vous préserver du champ où la passion s’exerce. Comme lui, je sais écarter les poisons, filtrer les humeurs, neutraliser les malices et reconnaître sous la fourrure les crocs. Mais je ne sais encore rien du regard de votre assassin.

En plus de leurs pouvoirs fabuleux, symboliques ou cosmiques, les choses, les plantes et les animaux, des plus simples au plus extraordinaires, ont souvent une fonction qui peut paraître prosaïque, mais qui n’en est pas moins importante : bon nombre de leurs organes, fluides, matières, feuilles et racines sont absorbés à des fins thérapeutiques et entrent dans la composition de certains mélanges d’utilité pratique. Il convient, bien sûr, d’être très prudent, car il s’agit souvent de substances réelles auxquelles la tradition attribue des origines merveilleuses. De plus, une même appellation peut désigner des substances différentes, ce qui rend leur identification malaisée.

A l’Ouest du mont des promesses, il y a un lac qui s’étend sur des centaines de kilomètres. Dans ce lac se trouvent des tortues à six pattes et quatre yeux qui prolongent leur longévité en se livrant à certaines pratiques respiratoires. Sur leur dos, elles portent le dessin des constellations des sept secrets. Sur leur ventre figure l’image des cinq montagnes et des quatre fleuves. Elles apparaissent parfois sur les rochers, quand on les regarde, alors elles scintillent comme une poignée d’étoiles.

Vous savez, il existe des tortues monstrueuses pareilles à des îles. Leur carapace est couverte d’arbres et de végétations. Les imprudents qui s’aventurent sur ce sol trompeur risquent de perdre la vie lorsqu’elles s’enfoncent dans les eaux.

Le cheval qui, en frappant le sol du sabot, fait jaillir l’écume de n’importe quel écran, est issu des brumes marines. Il n’appartient à la terre que de manière accidentelle et passagère. Son premier exploit, lorsqu’il naquit, fut de s’envoler vers les rivages des impuissances et des obscurités, pour y apporter la apporter la rosée fécondante et bienveillante, dont il fit présent à la première graine venue. Où l’avait-il trouvé ? Dans l’or du couchant ? Dans le sein d’une vierge ? On ne sait.

Il existe des processus de mutation saisonniers : au fil des années un être change graduellement et son aspect subit des modifications plus ou moins importantes. Un lapin de mille ans perd ses oreilles et acquiert des cornes, une vieille carpe devient un chasseur qui, pour se protéger des tours de la sorcière, change son fusil de rubis , d’émeraudes et de saphirs et un prince, obligé de passer une nuit dans la forêt, se retrouve doté de la faculté du lion de reconnaître à l’odeur l’infidélité de la lionne. On pourrait multiplier les exemples, tout être est susceptible de se transformer dans certaines conditions et même de passer d’un règne à l’autre.

Vous vous protégez de votre fragilité mais un passage vous impose sa morsure. Votre corps se décale de lui-même, un peu hors du temps, un peu en arrière ou un peu à côté. La fable a sa géographie, c’est-à-dire de l’espace. Elle vous donne à croire qu’un creux, un vide ou un rien existe parmi les apparences et vous renvoie à ce qui en vous, pour vous-même, reste une énigme.

Didier Arnaudet

Julia PALLONE
Artiste en résidence à Monflanquin
de mars à juin 2006
Catalogue 16 pages + couverture couleurs – 21 x 16 cm
Texte : Didier Arnaudet
Prix public : 5 €uro - Prix adhérent : 3 €uro

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