Manifestations itinérantes

2016,Chantal RAGUET
   "La Baie des Fauves"

2015,Cathy JARDON et Jan BOURQUIN
   "UWO / OVNI - Objets à Vivre Non Identifiés"

2013,Ludovic BOULARD LE FUR
   "Traquenard"

2011,Maitetxu ETCHEVERRIA
   "Fictions"

2011,Dominique DELPOUX
   "LA COFRA"

2011,Marc PICHELIN & Kristof GUEZ
   "Souvenirs de Cuzorn"

2010,Bruno LASNIER
   "Terres Atlantiques"

2009,Cathy JARDON
   "De toutes pièces..."

2008,Mathilde FRAYSSE
   "Portraits-Jardins"

2007,Aurore VALADE
   "Intérieurs avec Figures"

2006,Dédé d'ALMEIDA
   "Hors Saison"

2005,Simple(s) et Elémentaire(s)
   "sélection d'oeuvres du Frac collection Aquitaine"

2004,Roselyne TITAUD
   "Intérieurs"

2003,Bruno LASNIER
   "Autour de l'arène"

2002,Dominique DELPOUX
   "Relevé d'identité"

Exposition à Monflanquin

2016,Julie MEYER
2016,Alice ASSOULINE
   "Le rayon vert"

2016,Ghislaine PORTALIS
   "Dressé"

2015,Amandine PIERNE
   "Au revoir chevaux"

2014,CLEMENT BAGOT
2013, JANE HARRIS
2013,FAITES COMME CHEZ VOUS !
   "Sélection d'oeuvres du Frac Aquitaine et de l'Artothèque de Pessac"

2011,Aérosculpture, Nino Laisné, Paganella LES 20 ANS DE POLLEN
2010,Jean Marie BLANCHET RUSTIQUE
2009,Lena d'AZY L'Espace s'Efface
2009,CROISEMENTS Sélection d'oeuvres de la Collection du FRAC Aquitaine
2009,VILLEMOLLE (81) exposition des Requins Marteaux
2008,KRISTINA DEPAULIS
   "Véhiculaire"

2008,Emanuel LICHA
2008,PIECES A CONVICTIONS
2006,Christian GARRIER
   "Quarante paysages"

2005,SIMPLE[s] & ELEMENTAIRE[s] vol.2
   "sélection d'oeuvres du Frac collection Aquitaine"

2004,Natacha HOCHMAN
   "Itinéraire d'étoiles"

2004,LES REQUINS MARTEAUX
   "Supermarché Ferraille"

2004,Didier VEYSSET
   "Portrait d'une bastide"

2003,Ervé BRISSE et Jean-Marie BLANCHET
2003,Natacha HOCHMAN
   "Regards sur la femme japonaise"

2002,Ronald CURCHOD
   "L'ïles"

2002,J'EN FAIT AUTANT
   "sélection d'oeuvres du Frac collection Aquitaine"

Commandes artistiques

2014,JACQUES VIEILLE
   "Gravé"

2010,Kristof GUEZ et Marc PICHELIN
   "CUZORN"

2006,Emile Parchemin
2002,Dominique DELPOUX
   "L'écharpe et l'étoffe"

Opérations en partenariat avec le Réseau des Musées du Lot et Garonne

2011,Compagnie OUIE / DIRE
   "Concert Fougère"

2004,Matali CRASSET
   "Superconique"

2002,Soirée Pop Art

Programme "Ecritures de Lumière"

2014,François DUCAT
2013,Bérenger LAYMOND
2012,Nino LAISNE
   "Un Instant"

2011,Lucile CUBIN
   "Ecritures de Lumière 2011"

2010,Maitetxu ETCHEVERRIA
   "Ecritures de Lumière 2010"

2008,Christian GARRIER
   "25e Heure / Paysages de Lot-et-Garonne"

Aurore VALADE // 2007 //
      


"Intérieurs avec Figures"

Revue de détails

Aurore Valade photographie ses proches, des personnes abordées ou rencontrées sur petites annonces.
Tous se livrent à l’appareil photographique pour jouer leur propre rôle dans leur intérieur devenu studio de prises de vues.
Ils se rejouent eux-mêmes, jusqu’à l’exagération, jusqu’à donner à la réalité l’allure d’un mensonge.
Le travail engagé, conçu comme une véritable performance réclame du temps : celui de la rencontre, celui de la mise en scène, celui nécessaire à l’acte photographique qui sera prolongé par un exercice de retouche informatique.
Le résultat qui pourrait s’apparenter à un photomontage, présente une réalité sans profondeur, donnant la sensation que les choses sont plaquées les unes aux autres comme dans la pratique du collage.
C’est le Musée Grévin. Le réel disparaît derrière les artifices, le superflu prend le pouvoir.
C’est le triomphe du baroque, la victoire de l’ornement, consacrant le vaudeville du quotidien en répertoire classique.
Saturées de références jusqu’au kitsch, les photographies d’Aurore Valade s’offrent comme des cabinets de curiosités révélant des intimités organisées.
D’un réel improbable, Aurore fait de l’authentiquement faux avec des artifices et des procédés falsificateurs qui rapprochent son travail autant qu’ils l’éloignent d’un geste documentaire.
Reconstitutions à la fois crédibles et peu vraisemblables, ces images en affirmant leurs références à la peinture, s’affranchissent de toute objectivité.
Le foisonnement de détails proposés se révèle bavard, mais est-ce le décor qui correspond au personnage ou l’inverse ?

Denis Driffort




Le jeu d’une théâtralité


Aurore Valade photographie des femmes figées dans un quotidien qui donne, au premier abord, l’impression d’être familier et donc voué à la perte et à la dispersion. Des scènes marquées par l’ordinaire dans ce qu’il a de plus proche : sur la table d’une salle de séjour une petite fille essaie une robe sous les regards additionnés de sa grand-mère et de sa mère, dans un débarras une femme lave son chien, dans une salle de bains une fille apprête les cheveux de sa mère, dans l’intimité d’une chambre ou d’un salon deux femmes partagent une attente, un silence ou un moment de fantaisie. Une couche de vernis appliquée sur des êtres et des choses pour les protéger des coups de canif de la banalité. Mais quelque chose intrigue. Ces situations, sont-elles vraies, sont-elles fausses ? Constituent-elles un mélange habile de réel et de fiction ? Ou bien évoluent-elles par degrés à peine perceptibles du certain à l’incertain ? Elles nous engagent sur une pente. Celle-ci commence par être douce mais devient vite de plus en plus glissante et on y est entraîné par des formes flottantes, des tensions, des ambivalences, des échappées et des déboîtements imprévisibles.

Dans ces photographies, s’instaure un rapport singulier et comme une entente entre personnages et décor pour produire une matière qui se propose comme une étrange toile d’araignée dont les fils indéfiniment se recoupent et, en même temps, se prolongent. Les personnages sont des figures féminines, unies par des liens à la fois dilatés et contractés, des affects, des intensités insaisissables mais fortement actifs, qui ont des poses et des gestes de statues. Mais ce sont des statues impliquées dans des choix d’existence, d’intimité, sollicitées par des éclats d’histoires, des espaces, des désirs et des temps, prises dans des rencontres et des actions. Le décor est une accumulation d’objets et de détails qui ne compteraient pas s’ils ne s’ajoutaient à d’autres objets, d’autres détails en formant d’indéchiffrables et multiples réseaux. Ces fragments de mémoire, ces traces, ces empreintes diverses se placent sous le signe de la convocation fantasmatique d’un vécu, et des condensent, se résument dans des effets de tableau. Personnages et décor s’associent, la minéralité des uns pactise avec le conglomérat de l’autre et forment une compacité visiblement structurée par un équilibre de fermeté et de connivence. Dans cette compacité, le point de vue d’une sensibilité surgit comme une pointe inattendue, comme une maille qui aurait filé dans le tissu de l’image. Il est ce qui donne à la proposition d’ensemble son caractère troublant et indéfinissable.

Comment distinguer, comment choisir dans cette mosaïque d’arrangements, de combinaisons, de centrages, faite de contacts, de contiguïtés et de connexions sans cesse différemment renouvelées ? Ce que le regard saisit aussi facilement ne dissimule-t-il pas un piège ? Ces attitudes ne sont-elles pas trop évidemment calculées pour ne pas être trompeuses ? Dans leur convention affichée, ces images ne miment-elles pas l’ambiguïté des états émotifs comme celle des situations ? Il faut modifier notre position de spectateur et, de contemplateur d’une image, devenir enquêteur, tentant de reconstituer un puzzle auquel risquent de manquer de toute façon des pièces. Différentes options nous sont proposées, les unes efficaces, les autres se révélant de fausses pistes, des indices nous sont donnés, mais il n’y aura jamais de résolution finale. La superposition et l’entremêlement des objets, des personnages et des sensations aboutissent à une saturation de l’image qui est tout ce qu’il reste d’un réel à jamais fuyant, peut-être même perdu. Tout se contamine, se transforme en son contraire et finalement se fabrique autrement. L’enquête ne fonctionne pas dans le sens de l’élucidation, mais dans celui de la complexification.
Si Aurore Valade s’engage dans le jeu des règles classiques de la mise en image, c’est un double jeu. Son respect affirmé de ces règles est en même temps détourné : soit par un décentrement qui place tout centre à l’épreuve de sa marge, soit par une pratique qui consiste à extraire un genre stylistique de son contexte pour l’appliquer dans un autre. Nous avons là comme un concentré d’interrogations, d’appartenances plurielles qui accélère la fluctuation des frontières entre le semblable et le dissemblable, le visible et le dissimulé, les affirmations et les dénégations. Les oppositions ne se neutralisent pas, elles se répondent mais sans chercher de conciliation. Les portraits sont traités comme des natures mortes. Les natures mortes deviennent lumineuses, c’est-à-dire vivantes. Les espaces et les figures échangent leurs caractéristiques. Il n’y a plus qu’une seule substance diversement modulée. Le réel se laisse aller au vertige de l’artifice. Des esthétiques se combinent, mêlent le mineur et le majeur, les références et les réminiscences, les époques et les ornements. Ces femmes, ces lieux de vie, ces objets nous apparaissent, dans une autre lumière, dans une autre demande, comme des signaux qui nourrissent une énigme, pour que nous les regardions comme si nous ne les avions jamais vus ou ne devions jamais plus les revoir.

Ces photographies nous parlent du temps à l’œuvre en nous comme en elles. Elles nous ramènent à la segmentation d’une ligne de vie activée par des moments détachés qui se succèdent et se rapprochent d’une finitude. Elles sont ainsi traversées par un mouvement qui affecte le flux et le reflux de ce qu’elles représentent comme le regard qui les reçoit. Et ce mouvement, c’est encore du temps ou plutôt des temps qui n’agissent pas frontalement mais de biais par réfractions et redoublements : le temps des liens, des relations et des échanges, celui de leur mise en scène, celui de la prise photographique et ses surprises, celui de la finalisation et ses procédures secrètes. Ces temps nous prennent dans les rets d’une vision où il faut chaque fois gagner un peu plus sur l’indiscernable en jouant avec les traces repérables, interprétables. Il faut ruser pour sortir de l’impasse et donc emprunter des détours, des voies de traverse. Le temps est également cette force qui assigne à chaque objet, à chaque personnage une place, mais une place où des postures, des esthétiques, des séductions imposent leur loi, leurs rouages et à la fois vous absorbent et vous rejettent.

Par un parti pris de mise en scène, Aurore Valade parvient à créer une véritable ambiance théâtrale. L’image est une scène, et comme toute scène, elle n’existe qu’à travers le spectacle qui y est présenté et pendant le temps de la représentation. Cette omniprésence théâtrale, qui ronge peu à peu les territoires de l’image, de la fiction et d’un dispositif complexe de voilement et de dévoilement, ne prétend pas donner une ouverture sur le monde. Bien au contraire : elle se propose comme un entassement (et il ne faut pas exclure qu’il puisse être ludique) de signes qui, se mobilisant comme des indices, renvoient d’une façon très énigmatique à un espace de vie, un moment, des personnages et des principes décoratifs.
Cette théâtralité nous dit qu’elle n’est pas là pour nous rassurer, susciter notre confiance mais pour aiguiser notre regard, notre réflexion sur ce que nous regardons et ce qui nous regarde ou nous ignore. Son illusion ne se substitue pas au réel, elle s’y superpose. Ce qui importe, ce n’est pas de tenir un discours sur le réel, sur ses faiblesses et ses ressources mais d’en privilégier un agencement qui nous interroge sur les conditions et les conséquences de son apparition.

Didier Arnaudet



Aurore VALADE
« Intérieurs avec Figures »
Catalogue Monographique 21 x 16 cm Editions Pollen / ODAC/
Image /Imatge
32 pages couleurs + Couverture 3 volets
photographies couleurs
Textes Didier Arnaudet / D. Driffort.

Prix public : 5 €uro - Prix adhérent : 3 €uro